MOXHET  Jean

Né à Seraing le 20 septembre 1932

Décédé à Seraing le 22 novembre 2010

Jean Moxhet n'a jamais renié sa région natale. Né à Seraing le 20.09.1932 dans le bassin industriel liégeois, il a toujours habité Boncelles, une active commune de la même entité.
Il débute assez tard comme sociétaire du vélo Club Seraing. Sa première course se déroule le 8 mai 1950 dans une épreuve organisée ...à Boncelles. Pour la petite histoire, sachez que Jean se classe 14 ième.

En 1951, les progrès sont sensibles, à un point tel, que Jean Moxhet ramène 12 bouquets de vainqueur à la maison.
Il devient amateur le 25 juin de la même saison et obtient encore trois victoires dans sa nouvelle catégorie.
Il se classe aussi 10 ième du Tour de la province du Luxembourg.

En 1952, il souhaite passer sous les couleurs de Pesant C.L. essuyant
un refus, il roule comme individuel, ce qui n'empèche pas d'enlever
14 succès dont le W.E. Spadois en partage avec Frans Schoubben.

La plupart de ses victoires sont obtenues en solitaire.
Écoutons ses propos:
"Sans être dépourvu de sprint, je n'attendais pas les deux cents dernier
mètres pour m'exprimer. Poussé par un instinct de bagarreur, 
je ne tenais pas en place ce qui parfois me faisait perdre des courses.
J'étais un homme de la chaleur.
Il ne fallait pas compter sur moi pour briller avant le mois de mai.
Mes principales victoires furent obtenues aux sud du pays,                   
là où les parcours sont accidentés."                                         
Cette année là, à l'occasion de son premier déplacement à l'étranger, il se classe 10 ième de Paris- Dolhain.

En 1953, Jean Moxhet passe enfin au Pesant C.L..

Pour sa première apparition chez les indépendants, Jean se classe second à Hannut derrière...Jean Branckart.
Il va enlever 4 victoires dans la catégorie rose et le championnat provincial liégeois.
Il brille surtout dans le Tour de Belgique enlevant la 3 ième étape Leuze-Gand.


 

Poursuivi par une infime malchance, il se met ensuite au service du futur vainqueur, son équipier Roger Wickstandt; l'aidant à de nombreuse reprises dans la sauvegarde de son maillot.
Quelques semaines plus tard, nouvelle poisse : il anime le championnat de Belgique et se retrouve en tête avec Gustave Van Vaerenberg. Il rêve du paletot tricolore lorsqu'à sept bornes du but il crève. Trop tard pour revenir et Van Vaerenberg  devient champion de Belgique.

En octobre 1953, sa carrière est mise en veilleuse par 18 mois de service militaire.
Ses saisons 1954 et 1955 se déroulent donc sur un mode mineur.

C'est alors le grand saut et Jean Moxhet passe professionnel le 18 août 1955. Sa première course est le G.P. de Tirlemont où il obtient la 7 ième place.
Écoutons-le:
"Trois jour auparavant, je m'étais déjà aligné au départ du réputé critérium de Wallonie à Herve, mais j'avais toujours le statut d'indépendant. Je me souviens m'y être classé 8 ième. Mes gains s'élevaient à 200 FB plus une paire de chaussures.
A Tirlemont; je portais le maillot "Elve-Peugeot". J'avais reçu un vélo et un équipement. Il n'était pas question de contrat et mes seules sources de revenus restaient les primes et prix.

En 1956, mes conditions étaient similaires. J'étais pourtant satisfait de cette première saison complète disputée à l'échelon supérieur. C'était pourtant difficile car je courais quasi en individuel. Cela ne m'a pas empêché de décrocher plusieurs jolies places d'honneur dont une 3 ième de la course satellite de Paris-Bruxelles."

C'est ici que se situe une rencontre qui visiblement tient à coeur à notre bouillant sérésien :

"Ambitieux  comme je l'étais, je rêvais d'une sélection pour le Tour de France. En mai , je suis allé disputer le fameux Tour de l'Est dans les Vosges. Je me souviens qu'il y avait Gilbert Bauvin et François Mahé dans le secteur. Je me suis mis en évidence dans les cols. Le regretté Alex Virot qui suivait la course s'enflamma sur les ondes de R.T.L. et son discours fut dithyrambique : "J'ai découvert hier sur les rampes de Col de Bonhomme et du fameux ballon d'Alsace un jeune grimpeur belge plus que prometteur. Il s'agit de Jean Moxhet et son nom m'étais jusqu'ici inconnu.
Il grimpe comme il respire et je m'étonne que la ligue belge ne l'ai pas présélectionné pour la Grande Boucle où il ferait merveille en montage."
                                                                                                             
  Jean Moxhet se fait plus pressant et surenchérit :

"Au départ de la 3 ième étape, Alex Virot est venu me complimenter et me confirmer ce qu'il avait dit sur les ondes.
Venant de lui, j'étais touché. Je lui ai expliqué que je n'étais pas en odeur de sainteté auprès de M. Piette et de ce fait défavorisé en vue de toute sélection. Alex Virot m'a alors conseillé de me faire naturaliser luxembourgeois!"

En 1957, Jean Moxhet a assimilé le régime pro. Il a progressé physiquement et surtout mentalement. Il n'est plus le chien fou des saisons précédentes. S'il reste un attaquant né, il réalise ses desseins avec plus de discernement.
Dans la Flèche Wallonne, la Sorcière se rappelle a son bon souvenir à un point tel qu'il va recevoir la prime du plus malchanceux offerte par le pneu Englebert!

Il crève à Dinant alors qu'il est dans l'allure. Il se retrouve alors relégué dans un 7 ième groupe avec... Rik Van Steenbergen. Le Liégeois qui porte le même maillot que le Campinois se fait un honneur de ramener la grand champion dans le premier peloton. Ce geste ne restera pas sans suite. Le lendemain, se dispute le légendaire Liège-Bastogne-Liège
de l'apocalypse.
Écoutons Jean nous narrer cette course inhumaine et historique :

"A Liège, il pleuvait déjà et le froid était piquant. Un demi peloton est resté à l'hôtel. La pluie fine et pénétrante nous a accompagné jusque Houffalize. A glacée s'est mise à tomber. Je souffrais aussi de la bise car je n'étais guère enveloppé.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, je montais les côtes d'une main, tenant l'autre sous le maillot!
Bientôt, la neige s'est mise à dégringoler du ciel de telle manière que mon frère qui suivait la course en voiture, dût dégager son pare-brise à la main, les essuie-glaces ne pouvant plus fonctionner normalement. Jean Bobet, lui aussi en perdition, avait déniché, je ne sais où, un thermos de café et cela m'a réconforté quelques instants.

J'ai connu l'hallali dans la redoutable côté des Wannes où mon calvaire s'est achevé. Je ne savais plus freiner et j'étais plus mort que vif, soudé à mon vélo  sur lequel j'étais littéralement figé. Le brave Arnold Sauveur, de l'escorte de la gendarmerie et grand ami des coureurs, eut pitié de moi.
Dans le journal "Les Sports" du lendemain il déclara: "Moxhet était prostré sur son vélo et ne pouvait plus parler. Je l'ai aidé à descendre de sa machine devenue un outil d'enfer et de tortures.
Je l'ai engouffré dans une chaumière voisine. J'ai demandé une couverture et je l'ai emmailloté comme un nouveau né!
Il était tout juste temps".
En effet, mes parents qui suivaient en compagnie de mon frère vinrent à mon secours. Ils demandèrent une bassine d'eau ...qui était froide. En plongeant mes pieds dans le liquide, j'ai aussitôt ressenti une sensation vivifiante de chaleur!
J'étais glacé à un point tel que mes membres étaient encore plus froids que l'eau !

Dans le voiture me ramenant à Seraing, je suis demeuré deux heures sans prononcer un seul mot.
Claquant des dents, il m'étais impossible de parler. Ce jour là, j'ai connu la plus grande souffrance que l'on puisse imaginer sur un vélo. Chapeau aux 27 héros qui ont rallié l'arrivée!
Si c'était à refaire, je ne prendrais jamais plus de tels risques dans une telle aventure."

Quelques jours plus tard, une bonne nouvelle (tout arrive!) surgit: Van Steenbergen réclame à corps et à cris la présence à ses côtés de Moxhet afin de disputer le Tour d'Italie sous le maillot "Cora".
En effet, Van Genechten est défaillant et Rik I n'a pas oublié le service du Liégeois lors de la récente Fléche Wallonne.
Tout guilleret, Jean s'embarque pour la péninsule avec un rôle taillé sur mesure pour lui : servir le champion campinois.

"Je me sentais comme un poisson dans l'eau, car la chaleur était mon alliée. Je roulais bien et mon comportement plaisait à mon leader. Hélas, le 7ème jour de course, une chute avec Vannitsen me blessa sérieusement à la tête. Le lendemain, le médecin m'a interdit de prendre le départ de la 8ième étape car il avait diagnostiqué une commotion cérébrale ! Je râlais sec, parce que au soir de ce 8ième jour de course, Gina Lollobrigida était attendue à l'arrivée (rires.)." 

"Cette saison 57 était décidément funeste. En janvierdéjà, j'avais été victime d'une fracture du crâne à l'usine où j'étais occupé durant la saison hivernale. Travaillant dans le montage des charpentes, j'avais reç un bloc de fonte de 2kg sur l'avant de la tête. 

Rentré plus tôt que prévu de ma campagne d'Italie, on m'obligea contre mon gré à honorer une sélection pour le Dauphiné Libéré. Charles Piette, irrité par la confiance que Van Steenbergen m'avait témoignée, voyait par cette manière hypocrite l'occasion de m'expédier au casse-pipes ! 

Non rétabli, j'ai rapidement abandonné. Dégouté, j'ai stoppé ma saison fin juin." 

En 1958, moment important dans la vie de notre champion liègeois puisqu'il épouse la brave et dévouée Renée. Cette dernière était et continuera à être attentive à la carrière de son élu, intervenant avec à propos lorsqu'elle le jugera nécessaire. Moxet reprend l'entraînement avec la foi d'un débutant, malgré que le bon coup de pédale tarde à réapparaître. Il est probable que les deux accidents crâniens survenus en 1957 altèrent encore sa condition. 

"Finalement, j'ai retrouvé un semblant de forme en vue des classiques wallones et ce malgré de nombreuses crevaisons en course où je testais des boyaux de la firme Jenatzy qui n'étaient pas fameux. La guigne, une fois de plus, me tend un piège. Une semaine avant le W.E. Ardennais, lors d'une épreuve limbourgeoise, je me retrouve au sol meurtri sur toute la surface des jambes. Diminué, j'essaie quand même de redorer mon blason devant mes supporters sur mes terres. Hélas, une rage de dents tenace "fout" tout en l'air ! 

C'est durant cette saison 1958 que j'ai disputé quelques américaines au Vél d'Hiv. à Bruxelles en compagnie du Hennuyer Robert Van Thournhout." 

A ce moment, Mme Moxhet qui écoute religieusement le récit de la carrière de son époux intervient : "Pour sa particpation au Giro 57, Jean avait gagné 10.000 FB. Les semainespassèrent sans que les gains ne soient payés. Chaque responsable de l'équipe rejetait la balle à l'autre. 

Plus tard, lors du critérium du Val Potet disputé à Seraing, j'ai interpellé le manager Jean Van Buggenhout, le menaçant de tout dévoiler à la presse liégeoise en cas de non paiement. C'est ce soir là vers 22h que Jean a touché 5000 FB d'arrhes. Le solde promis, il l'attend toujours !"

En 1959, Jean Moxhet défend les couleurs du club local du Val Potet. Il rencontre fortuitement M. Faria, un ancien soigneur installé à Vence dans l'arrière pays niçois. M. Faria invite Jean à venir préparer la saison chez lui. Moxhet accepte avec enthousiasme.

"Appréciant la chaleur, j'ai rapidement trouvé là-bas la bonne carburation. Je me suis mis en vedette dans les nombreuses courses de préparation disputées sur la côte d'Azur. Finalement, j'ai décroché un vrai contrat chez "Urago" et je me suis même retrouvé leader de l'équipe engagée pour Paris-Nice-Rome. Jamais, je n'avaismarché si tôt avec une telle aisance. J'avais le moral d'airain. 

L'équipe alignée pour la course au soleil était composée, outre votre serviteur, de mon ami Pierrot Machiels, Morin, Bourles, Carfentan, Mel, Gualdi, Vidauretta, Monico et Michel. Tout s'est bien déroulé juque St Etienne. La 4ième étape St Etienne-Uzès comportait directement l'ascension du Col de la République dans lequel j'ai crevé alors que la bagarre était lancée. Abandonné derrière par les miens, j'ai rallié Uzès hors des délais. Je suis renré en Belgique désireux de pousuivre sur ma lancée azuréenne. 

Hélas, cette année là, la Belgique cétait la Sibérie et le train Paris - Liège n'étant pas chauffé, je suis rentré chez moi avec une solide grippe ! 

Adieu la forme et les espoirs même si je me suis classée 23ième de la Flèche.

Rétabli, j'ai disputé le Tour de Belgique sous le maillot "Plume Sport". Je me suis mis en vedette principalement dans l'étape Bouillon-Verviers que j'ai animée par une fugue de 200 bornes. Une fois de plus, un bris de fourche survenu lors de la dernière étape m'a cntraint à l'abandon à Jodoigne."

Espérant encore une sélection pour la grande boucle, Moxhet dispute la Tour du Luxembourg. C'est là qu'il apprend qu'il n'est pas retenu dans l'équipe belge alors que certains dirigeants le lui avaient promis. Moxhet accuseà nouveau le coup et stoppe toute activité. 

"Il s'agissait pourtant jusque là de ma plus belle saison comme professionnel alors que j'étaisjeune marié (rires.)." 

Madame Renée intervient à nouveau et déclare : "Lorsque j'ai appris que Jean ne faisait pas partie de l'équipe belge, j'ai aussitôt téléphoné à Jean Aerts, le sélectionneur afin de lair demander les raisons exactes de la non sélection de mon mari. Il m'a répondu que la composition de l'équipe n'était pas définitive. Je lui ai rétorqué que tous les journaux l'annonçaient comme telle.  Embarrassé, Jean Aerts m'a alors avoué qu'aucun délégué wallon n'avait avancé le nom de Jean Moxhet, alorsq ue Charles Piette mettait Brankart à l'avant plan, bien que tous les Liégeois le savaient blessé. Tout fut fait afin d'éviter une sélection de mon mari !" 

Jean Moxhet avoue avoir pleuré sur le bord de la route lors du passage du Tour en Belgique. Surtout, dit-il, lorsque Gaul lui a lancé un amical et spontané bonjour ! 

En 1960, blasé, Jean travaille désormais à temps plein à l'usine Cockerill. Il continue à s'entraineraprès journée. Grâce à l'intervention de Brik Schotte, il cécroche un dernier maillot chez "Wiel's Flandria". Il roulera peu. Anvers-Ougrée, qu'il n'achèvera pas, sera sa dernière course. 

La fin de sa carrière coïncide avec la naissance de son unique enfant, son fils Jean-Luc. Ce dernier est aussi devenu coureur cycliste. Il a même disputé les championnats du monde junior sur piste à Rocourt en 1976 (éliminé en vitesse par le fameux Hesslich) et en 1977 à Vienne où il s'aligna dans le kilomètre c.l.m. et en vitesse. Il a aussi disputé les 6 Jours de l'avenir à Anvers en compagnie de Joseph Henikenne. 

© 2017 Cycles Moxhet
Créé par Lory Moxhet

Crédit photo Lory Moxhet

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